Une nouvelle structure d’enseignement privé est apparue depuis plusieurs années à Marseille, dans l’Essonne et dans le Val de Marne et commence à s’implanter dans l’Académie de Paris : l’Institut Louis Germain. Il est essentiel de prendre la mesure du rôle qu’il peut être amené à jouer et des dangers encourus.
Qu’est-ce que l’Institut Louis Germain ?
L’institut Louis Germain est déclaré comme une association à but non lucratif et non confessionnel. Son nom a été visiblement choisi pour appuyer cela : combattant de la France libre et militant de la Ligue des droits de l’homme en Algérie, Louis Germain fut aussi l’instituteur d’Albert Camus. Ce dernier lui rendit un hommage très célèbre pour le soutien moral que Louis Germain lui avait prodigué dans ses études, alors que Camus venait d’un milieu très populaire amené à faire des études courtes. La référence faite à Louis Germain vise à inscrire l’institut portant son nom dans une tradition républicaine et humaniste. Elle sert aussi à indiquer le « public cible » de l’institut : les élèves des milieux défavorisés qui, à l’instar d’Albert Camus, devraient eux aussi « avoir leur chance ». C’est pour cela que l’institut s’adresse aux élèves scolarisées dans les établissements relevant de l’Éducation prioritaire. Il propose à ces derniers des stages organisés durant les vacances scolaires, 4 jours par semaine avec 6 heures de cours chaque jour. Ces stages, appelés par l’institut des « campus », permettraient aux élèves concernées de « viser l’excellence » et de « réaliser leurs ambitions ».
Il est important de noter que l’institut Louis Germain a reçu des financements de la fondation Kairos. Sa fondatrice, Anne Coffinier, est une figure de proue de l’enseignement privé hors contrat, une personnalité très proche de l’extrême droite et de la galaxie Bolloré. Elle a été la présidente de Fondation pour l’école qui se donne pour mission de soutenir, promouvoir et inspirer la création d’écoles privées hors contrat, fondation lauréate pendant plusieurs années de La Nuit du Bien Commun, co-fondée par Pierre-Édouard Stérin, catholique traditionaliste, proche de la droite et de l’extrême droite françaises.
L’objectif que se donne cette association est d’aider les élèves « talentueux » des établissements populaires à réussir. On appréciera que l’association insiste sur la taille des classes, limitée à 20 élèves, pour « optimiser les conditions d’enseignement ». Pour l’Institut Louis Germain, l’éducation n’a pas vocation à s’adresser à toutes et tous. Comme dans les programmes de l’extrême droite pour l’école, ce type d’association a renoncé à la démocratisation scolaire et promeut la sélection au nom d’une « méritocratie » mais sans moyen pour être réelle.
L’Institut Louis Germain est pourtant une structure qui profite des moyens du service public d’éducation, de l’administration et des collectivités territoriales et qui ne pourrait pas fonctionner sans ces derniers. En effet, outre les financements publics qu’elle reçoit, les locaux dans lesquels ont lieu les « campus » sont les locaux d’établissements d’enseignement de l’Éducation nationale, « gracieusement » mis à disposition. A Paris, les élèves des 4 établissements concernés sont accueillis pour le « campus » dans les locaux du collège Utrillo.
Quels établissements sont concernés ?
4 établissements du 18e (Clemenceau, Cesaire, Meyer et Utrillo) ont passé une convention, dans le cadre de leur autonomie, avec cette association, pourtant non agréée par l’académie et dont les demandes de conventionnement ont été refusées par le ministère de l’éducation nationale.
Les élèves qui ont été triées ont eu une semaine de cours aux vacances d’hiver et une semaine aux vacances de printemps.
Que faire ?
Le SNES-FSU Paris est intervenu, dès qu’il a eu l’information, auprès de la direction de l’académie qui a avoué ne pas être informée. Suite à cette intervention, le DAASEN a rencontré le directeur général de l’ILG et s’est rendu à Utrillo, lieu d’accueil du campus. L’académie s’est voulue rassurante en précisant que les enseignantes qui intervenaient dans le cadre de cette association et rémunérées par elle, étaient des enseignantes de l’Education nationale (mais pas forcément de l’académie de Paris).
Le SNES-FSU Paris a dénoncé cette nouvelle immixtion d’une officine privée dans le Service Public d’Éducation, et ce alors que les moyens attribués aux établissements de notre académie se réduisent années après années. Nous continuerons à demander des comptes à l’académie et à veiller à ce que si celle-ci continue à laisser des associations intervenir alors même qu’elles ne sont pas agréées, elle prenne au moins le soin de vérifier que les valeurs transmises dans ces cours soient bien compatibles avec celles de la République.
A l’échelle de l’établissement, les élues au CA doivent être vigilantes face aux conventions qui sont proposées au vote par le chef d’établissement. Les associations non agrées par le ministère les approchent maintenant directement. Il faut argumenter en CA et convaincre les élues des autres collèges de refuser l’intervention de ces chevaux de Troie.

